L’enfance est politique : la clef pour le changement écologique et social

Ceci est la transcription écrite de ma conférence, donnée pour la première fois lors de WEB IDEC 2020, la conférence internationale de l’éducation démocratique, le 3 novembre 2020. Voir ici la vidéo avec la traduction français/anglais (démarrage à 6min40, fin à 1h27, suivie d’un échange avec les participants).

C’est le fruit d’années de réflexions pour comprendre le bordel dans lequel on vit et comment construire un monde plus juste, qui prenne soin des gens et du vivant.

EDIT le 09/11/2020 : j’ai enregistré une vidéo directement en français pour que ce soit plus agréable à regarder pour les francophones. Cliquez sur l’image pour la voir. Sinon, le texte est à lire ci-dessous.

Bienvenue dans cette conférence.

Il y a deux éléments importants que je souhaite exposer :

  • Le premier, c’est que l’enfance est politique
  • Et le deuxième, c’est que non seulement l’enfance est politique, mais que ce n’est pas un sujet parmi d’autres. C’est un sujet crucial, particulièrement si l’on souhaite transformer nos sociétés au niveau écologique et social

Pourquoi est-ce que j’ai besoin de dire ça ?

Parce que c’est encore aujourd’hui un non sujet politique. Une boîte noire. Je vis en France donc je vais parler de la France, mais je crois que c’est pareil dans beaucoup de pays.

Dans les débats politiques et les programmes électoraux, lorsqu’on parle de l’enfance c’est sous l’angle des moyens alloués : les places d’accueil en crèche, les aides financières pour les familles, l’aide sociale à l’enfance. Et très vite le thème principal devient : l’éducation. L’enfant est remplacé par l’élève. Et là les questions vont porter encore une fois sur les moyens : le nombre d’élèves par classe, le nombre d’enseignants, l’organisation des diplômes…

Mais on ne parle jamais du fond. Que veut dire être un enfant dans notre société ? Comment sont traités et considérés les enfants ? Comment répondre au mieux à leurs besoins ? Comment leur permettre de s’épanouir ? Comment les préparer aux grands enjeux démocratiques, écologiques, sociaux ?

Tout ça, ça ne fait pas partie du débat public. Il y a des spécialistes, par exemple ceux qui élaborent des programmes scolaires et donc j’espère qu’à ce niveau ils se posent ces questions, mais je n’en suis même pas sûre. En tout cas, collectivement, on ne se les pose pas.

Pourquoi on ne se les pose pas ces questions ?

Je vois plusieurs pistes pour expliquer ça :

Alice Miller1, qui a beaucoup étudié et écrit sur l’enfance, explique le phénomène de refoulement dans l’inconscient de ce que nous avons vécu enfant. C’est-à-dire notre quasi impossibilité de remettre en cause l’éducation que nous avons reçue. Et donc, si nous ne sommes pas capables de ce travail sur nous-mêmes, comment envisager de se saisir collectivement et politiquement de ces questions ?

Ensuite, les enfants, c’est quand même un sujet de bonnes femmes. C’est un thème peu valorisé socialement, ça fait partie de la sphère domestique. Et donc, comme la politique est largement dominée par les hommes, eh bien ça ne les intéresse pas. Ils ne se sentent pas concernés et ils ont certainement des préoccupations BEAUCOUP plus importantes que les mioches. C’est vrai, après tout, « ce ne sont que des enfants ».

Alors pourquoi c’est important d’en parler ?

C’est important d’en parler parce que tous les êtres humains sur la planète sont ou ont été des enfants. Tous. Trouvez-moi une personne sur Terre qui n’a pas été enfant. Pas facile, hein ? C’est quelque chose que nous partageons tous. Alors regardons : comment sommes-nous traités, collectivement ?

Là je vais présenter quelques chiffres, qui peuvent être difficiles à entendre. Mais il est important d’en avoir conscience.

  • Dans le monde : 80 à 90% des enfants subissent de la violence2, souvent sous des formes très brutales et douloureuses, comme la flagellation et la bastonnade. 80 à 90%
  • En France, plusieurs enfants sont tués par leurs parents ou par leurs proches chaque semaine3. Il est difficile d’avoir un chiffre précis, certaines sources parlent de 2 enfants tués par jour4
  • En Europe, environ 20 millions d’enfants subissent des abus sexuels, sur 204 millions5
  • 4 millions de français, soit 6% de la population, ont été victimes d’inceste6

Quand je vous dis ces chiffres, je vous parle de maltraitance envers les enfants. C’est connu, reconnu mais malheureusement ça reste bien trop souvent cantonné à la rubrique des faits divers. Ce n’est pas encore devenu un sujet de société, un sujet politique.

En plus de cette maltraitance, il y a ce qu’on appelle les « violences éducatives ordinaires »7. C’est-à-dire des violences qui sont tellement intégrées comme normales qu’elles ne choquent pas la plupart des gens. Ces violences sont physiques, verbales, psychologiques. Elles sont présentes presque partout dans le monde, à chaque étape de la vie de l’enfant, de sa naissance à sa majorité. Il les subit de la part des adultes qui l’entourent : du personnel médical, des éducateurs, des animateurs, des enseignants, des parents… Pas tous, évidemment, mais la grande majorité.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ces adultes ont été entouré d’une violence similaire lorsqu’ils étaient enfants. Alors ils reproduisent ce qu’ils ont appris en voyant les adultes faire autour d’eux, en vivant cette violence dans leur esprit et dans leur corps. Ils ont intériorisé qu’il est normal de crier sur un enfant, de l’humilier, de se moquer de lui, de le menacer, de lui donner des ordres, de décider à sa place, de ne pas lui laisser la parole, de le punir, de le manipuler, de le pousser, de le tirer, de le frapper même.

L’éducation majoritaire est coercitive, répressive, autoritaire. Notre vision de l’enfance est encore largement basée sur la méfiance, le contrôle et la domination. Vous voyez tout de suite quel est le problème. Si nous voulons construire une société basée sur la confiance, la liberté, l’égalité nous n’avons pas le choix : nous devons changer notre manière de considérer les enfants. Partout. Dans toute la société.

En France on parle beaucoup de l’école de la République.

L’école qui est sensée faire vivre les valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité. Et pourtant, au-delà des mots, quand on regarde comment les enfants sont traités à l’école de la République, on ne trouve pas beaucoup de Liberté, d’Égalité ni de Fraternité.

Les enfants ne vivent pas la liberté. A l’école ils deviennent des élèves, entourés d’interdits et de limitations. Leur principal devoir est d’obéir aux adultes, sous peine d’être « recadré » et puni. L’école discipline les corps des enfants. Leurs attitudes et leurs mouvements sont contrôlés en permanence. Ils ne peuvent pas aller aux toilettes lorsqu’ils en ont besoin, ni boire, ni manger, ni se lever, ni bouger, ni s’allonger quand ils veulent.

Les enfants à l’école sont dépossédés de leur autonomie sur leurs besoins physiologiques. Ils n’apprennent pas à être à l’écoute de leur corps et de leurs besoins, à faire confiance à leurs propres repères intérieurs. A la place ils apprennent à obéir et à s’en remettre à l’autorité d’un adulte qui sait mieux qu’eux ce qui est bon pour eux.

On parle beaucoup de la question du consentement depuis #MeToo. Mais quand est-ce qu’on demande aux enfants leur consentement ? Peut-être que s’ils étaient respectés, ils deviendraient des adultes respectueux.

Les enfants ne vivent pas l’égalité. Ils sont sous la domination des adultes. C’est ça le type de relation qu’ils apprennent : la domination. Et donc en même temps la soumission. Et même entre eux, ils ne sont pas égaux. Ils sont mis en concurrence les uns avec les autres.

Les enfants ne vivent pas la fraternité. Les adultes sont surtout là pour les évaluer et les juger. Lorsqu’ils coopèrent entre eux l’école appelle ça de la triche. Lorsqu’ils échangent des connaissances ça s’appelle du bavardage.

Il paraît que la France est la patrie des droits de l’Homme.

L’Article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme dit : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». « Naissent », il est écrit. Pas « à partir de 18 ans ».

De notre petite enfance à notre adolescence, nous grandissons au sein d’une institution dans laquelle nous n’avons pas d’espace de dialogue, pas d’expérience de la démocratie pour y choisir nos conditions de vie. Et souvent c’est la même chose dans nos familles et dans tous les espaces de la société.

Alors comment s’étonner de notre comportement d’adulte ? Est-ce qu’il est censé se produire un phénomène magique à 18 ans, qui fasse que d’un seul coup nous devenions des adultes responsables, coopératifs, qui ont confiance en eux ?

J’entends beaucoup de gens qui sont désespérés par l’état du monde qui disent que « C’est la faute à la nature humaine ! » : l’humain serait naturellement mauvais, égoïste, violent… Mais ils disent ça comme si l’être humain naissait adulte. Comme si les comportements qu’il avait lui venaient spontanément comme ça et qu’il ne s’était rien passé qui puisse les expliquer.

C’est parce que le dressage brutal que la majorité d’entre nous subissons dans l’enfance est encore invisible. Il n’est pas pris en compte dans la majorité des études scientifiques sur la nature humaine, les comportements et les instincts.

On n’en parle presque jamais à propos des terroristes. Alors il y a quand même eu un article de presse sur les assassins de Charlie Hebdo, les frères Kouachi, qui s’est intéressé à leur enfance, une enfance misérable et extrêmement violente8. Mais ça reste très rare. Et tant qu’on ne va pas le prendre en compte, tant qu’on ne va pas regarder à la racine, on va continuer de générer des violences, génération après génération.

Pourquoi ce cycle infernal ?

Nous sommes éduqués avec de la violence et de l’autoritarisme, pendant toute la période de développement de notre cerveau et de notre corps. Ça laisse des traces indélébiles. Il y a plusieurs conséquences9 :

  • Des effets délétères sur notre santé physique et mentale
  • Ça nous coupe de notre capacité d’empathie, avec les autres et avec la nature
  • Nous perdons nos capacités d’entraide, du sens de la justice, de réconciliation après les conflits
  • Nous perdons nos capacités relationnelles innées, nos capacités à sociabiliser et à vivre en harmonie avec les autres

Ce mode d’éducation nous apprend 3 comportements destructeurs, que nous allons adopter chacun selon notre tempérament :

  • la soumission aux autorités
  • le désir de dominer après avoir été dominé
  • et surtout le réflexe de résoudre les conflits par la violence comme nous l’avons vu faire autour de nous

Ces violences vont nous endurcir et fermer notre cœur petit à petit. Nous allons construire une carapace autour de notre sensibilité. Devenir apathique. Et nous allons donc reproduire des relations violentes, inégalitaires et oppressives. Nous allons perpétuer un monde qui n’est plus à l’écoute du cœur.

Voilà pourquoi il est temps que nous nous rendions compte que ce que vivent les enfants est un sujet primordial, parce qu’il a des impacts profonds sur les adultes que nous devenons tous et sur la société que nous construisons.

Nous ne créerons pas un monde de justice et de paix en reproduisant les violences et les oppressions à la racine. Ce serait peine perdue. Pour réellement transformer notre monde nous devons impérativement prendre conscience de ce que vivent les enfants et agir pour changer leurs conditions de vie en profondeur.

Il y a un exemple très éclairant.

Il est partagé par Michel Terestchenko, un philosophe français, dans l’un de ses livres10.

Il présente une étude qui s’est demandée pourquoi, durant la 2ème guerre mondiale, il y a eu des personnes qui ont conduit des milliers de juifs à la mort et d’autres personnes qui ont pris de grands risques pour sauver des juifs de cette mort (les Justes).

Michel Terestchenko propose un nouveau concept : celui de la présence à soi. C’est la capacité à se poser en tant que personne intègre, autonome et responsable de ses actes.

La présence à soi, c’est ce qui caractérise les Justes. Parce que les personnes présentes à elles-mêmes ont une forte identité propre, elles vont avoir une forte tendance à résister à l’oppression, à l’injustice et à l’aliénation.

Au contraire, les individus comme les hauts dirigeants nazis ou ceux qui ont accepté de se soumettre à eux, se caractérisent par l’absence à soi.

Ils sont incapables de se poser en tant qu’individus conscients et autonomes. Ils se soumettent docilement aux autorités et abandonnent leur intégrité. Leur identité est comme disloquée. Ils ne reconnaissent pas leurs responsabilités et ont une forte propension à succomber à toutes les formes de domination et d’asservissement. Ce sont également ceux qui assistent passivement à une agression qui se déroule devant eux sans intervenir.

Qu’est-ce qui détermine si on est dans la présence à soi ou dans l’absence à soi ?

C’est l’éducation que nous avons reçue. L’éducation violente et autoritaire va écarter l’enfant de la présence à soi. Il va être conduit hors de lui-même, coupé de ses besoins, coupé de sa nature.

Au contraire, ce qui permet la présence à soi c’est une éducation bienveillante, respectueuse, basée sur la confiance. Ça va permettre le développement d’un « soi » autonome.

Un individu qui est dans la présence à soi va chercher à répondre à deux besoins fondamentaux : vivre et vivre avec.

  • Vivre, ça veut dire qu’il va être attentif à lui-même et à ses besoins. Ce qu’on pourrait d’une certaine manière qualifier d’égoïsme.
  • Vivre avec, ça signifie qu’il va être attentif aux autres, au collectif. Ce qu’on pourrait qualifier d’altruisme.

On voit que ce concept de présence à soi permet de sortir de l’opposition entre l’égoïsme et l’altruisme : être capable de prendre soin de soi et du monde autour de soi n’est pas une opposition, mais se fait dans un double mouvement spontané. C’est notre nature profonde et c’est ça que nous allons chercher à vivre si on ne nous coupe pas de ça.

On nous coupe de ça par une éducation violente et autoritaire. Mais pas seulement.

On nous coupe de notre nature et de la nature en général. Les enfants passent une grande partie de leur temps enfermés dans des salles. Ils sont maintenus à l’écart du reste du monde et ils doivent apprendre la vie à travers des livres et des cours. Entourés d’enfants strictement du même âge. Avec un programme scolaire très cadré. L’enfant est réduit à être un élève et la vie est réduite à un programme à apprendre par cœur.

Comment peut-on espérer que les jeunes sortent de toutes ces années d’enfermement en ayant conscience de leur place au sein du vivant ? De l’interdépendance entre les espèces ? Du fonctionnement des écosystèmes ? De la fragilité des équilibres naturels ?

Comment dans ces conditions peuvent-ils encore avoir envie, peuvent-ils être capables de prendre soin des autres, des autres espèces vivantes, de la planète ? Et même de prendre soin d’eux-mêmes ?

Ils sont coupés de leurs ressentis et de leurs besoins. Ils ne font pas l’expérience de la connexion avec la nature, avec tout leur être : leur cerveau mais surtout leur corps, leurs émotions, leurs sens. L’élan de prendre soin de la nature passe par cette connexion. C’est criminel de la couper. Et c’est à la source de la crise écologique et climatique que nous vivons.

On demande aux enfants d’obéir à des autorités en permanence et ensuite on espère qu’à l’âge adulte ils vont avoir des comportements responsables. C’est aberrant. Nous entrons dans l’âge adulte sans avoir appris à prendre soin de nous, à prendre soin des autres et à vivre en harmonie avec notre environnement. Par contre on a appris l’obéissance à l’autorité et la compétition, hors sol, sans tenir compte du reste du vivant.

Malheureusement, les partis politiques écologistes n’ont pas encore pris conscience de tout ça.

Le mouvement politique que je trouve le plus proche de cette réflexion c’est l’écoféminisme. C’est un courant de pensée qui fait le lien entre les violences faites aux femmes et les violences faites à la nature. Mais pour l’instant ils ne vont pas jusqu’à intégrer l’enfance dans cette réflexion.

Je suis persuadée que nous ne devons plus occulter cette question lorsque nous nous intéressons à la destruction de l’environnement, à l’oppression des femmes et de manière plus générale à toutes les formes de discrimination et d’oppression.

C’est pourtant encore le principal angle mort des progressistes, qui souhaitent une transition écologique et sociale mais qui ne prennent pas en compte la racine du problème.

L’enfance est un sujet politique et même un sujet politique majeur. Nous avons besoin de prendre conscience collectivement de ce qu’on fait aux enfants. De comment on altère leur nature, on l’abîme. Et comment cela va aboutir à une société où les êtres humains altèrent la nature et l’abîment.

Pour en prendre conscience et changer les choses nous avons besoin de courage.

Le courage de mettre sur la place publique des sujets intimes et tabous, qui touchent à des douleurs physiques et psychologiques très fortes. Parce que nous avons été des enfants et nous avons subi la violence et l’autoritarisme. Nous avons besoin de courage pour cesser le déni et cesser l’impunité. C’est comme un #MeToo encore plus puissant. C’est un immense chantier qui nous concerne tous.

Ça peut être très douloureux au niveau personnel. Nous pouvons réaliser soudainement que notre propre enfance n’a pas été si dorée et heureuse que nous le pensions, ce qui peut faire surgir des émotions fortes : colère, tristesse. La colère peut se retourner contre les personnes qui se sont chargées de l’essentiel de notre éducation : nos parents, nos profs. Elle peut aussi se retourner contre nous-mêmes et nous nous mettons alors à culpabiliser de la manière dont nous avons éduqué nos enfants jusqu’ici.

C’est tragique, mais comme nous, nos parents et nos profs ont fait ce qu’ils pouvaient avec les adultes qu’ils sont devenus suite à l’éducation qu’ils ont eux-mêmes subie. La rancœur contre eux ou contre nous, ça ne va pas nous aider à construire un monde dans lequel les enfants sont désormais traités avec respect et bienveillance. Nous avons besoin de faire le constat des malheurs vécus, sans les nier, et d’accueillir les émotions qui remontent en nous sans nous déchirer les uns les autres.

La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons nous entraider individuellement et collectivement pour cela. Il existe désormais énormément d’outils, thérapeutiques, de développement personnel, ou pour éduquer les enfants autrement. En une génération, en faisant la paix à l’intérieur de nous et en arrêtant d’éduquer les enfants dans la violence et dans la soumission, en les remettant en lien avec eux-mêmes et avec la nature, nous pouvons changer le monde de manière globale.

Tout ce que nous avons à faire c’est faire confiance aux êtres humains depuis leur plus jeune âge. Les laisser s’épanouir avec leur empathie, en prenant soin de leurs besoins et des besoins des autres et du monde autour d’eux.

Ça veut dire qu’au niveau politique, nous avons besoin de faire le contraire de ce qui est fait actuellement, en tout cas en France.

Le gouvernement français est en train de préparer une loi pour interdire la possibilité d’instruire les enfants en famille, en obligeant les enfants à aller à l’école de 3 ans à 16 ans. Il durcit aussi les contrôles sur les écoles alternatives. Ça va devenir très compliqué de créer ou de faire vivre une école démocratique, peut-être même impossible.

Au lieu d’encourager la diversité éducative, ce gouvernement veut aller vers encore plus d’homogénéité, de normalisation. Il se comporte comme un parent autoritaire et violent, qui veut obtenir l’obéissance de son peuple avec le contrôle, la punition et la répression.

On voit à l’échelle d’un pays la suite logique de l’éducation que nous avons reçue. Le même fonctionnement qui se reproduit, basé sur la méfiance.

Il est vraiment urgent que nous changions tout ça. Et que la question de l’enfance devienne une question centrale dans le débat public. Pour nous, pour nos enfants, pour le monde dans lequel nous voulons vivre.

Nous pouvons faire autrement.

Et je dirais même nous devons le faire si nous ne voulons pas aller dans le mur écologique et climatique. Si nous voulons construire une société soutenable qui prenne soin des gens et du vivant.

Faire confiance aux enfants, ça veut dire :

  • les laisser grandir à leur rythme
  • permettre à leur joie de vivre de s’exprimer, à leur individualité de s’épanouir
  • leur laisser l’accès au dehors, à la nature, au sauvage
  • adapter les villes à leurs besoins
  • respecter et étendre leurs droits
  • les laisser prendre leurs décisions et les impliquer réellement dans tous les aspects de leur vie, dans les institutions auxquelles ils participent

Il est vital, littéralement vital, de transformer notre façon d’éduquer. De transformer profondément l’école. De concevoir des institutions qui favorisent la coopération, la diversité, la démocratie, les relations égalitaires, le lien à la nature. De faire enfin vivre pour de vrai les mots liberté, égalité, fraternité à tous les âges de la vie.

Arrêtons d’enfermer les enfants physiquement, et aussi mentalement dans des programmes scolaires si étroits, alors que le monde est si vaste. Permettons-leur d’être dans la présence à soi. Ça devrait être la priorité de tout programme politique au 21ème siècle.

Je vous remercie.

Notes :

1 Alice Miller. C’est pour ton bien – Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant
2 Olivier Maurel. Oui la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des millénaires
3 Mission sur les morts violentes d’enfants au sein des familles – Evaluation du fonctionnement des services sociaux, médicaux, éducatifs et judiciaires concourant à la protection de l’enfance. Rapport des inspections générales des affaires sociales (IGAS), de la justice (IGJ) et de l’éducation (IGAENR)
4 Lettre de Lyes Louffok à Emmanuel Macron
5 OMS
6 Sondage Harris pour AIVI en 2015
7 Voir par exemple http://stopveo.org/ et https://www.oveo.org/
8 Eloïse Lebourg. L’enfance misérable des frères Kouachi http://reporterre.net/L-enfance-miserable-des-freres
9 D’après Olivier Maurel, que j’ai eu la chance d’interviewer pour le 1er numéro du magazine Yggdrasil
10 Michel Terestchenko. Un si fragile vernis d’humanité. Banalité du mal, banalité du bien

2 commentaires sur “L’enfance est politique : la clef pour le changement écologique et social

  1. Je souscris pleinement au commentaire de Gabrielle.
    Pour moi qui ai été relativement épargné, je ne comprenais pas les autres, cet acharnement à perpétuer la violence en la banalisant. Quand la violence devient la norme, on se demande où commence la folie. Au primaire, je m’étais réfugié dans la solitude et la lecture. Plus tard, il m’arrivait de penser que tout le monde était fou, sauf moi : c’est ce que disent tous les fous. Étais-ce moi le fou ? À l’évidence, à moi tout seul, je ne pouvais rien changer et mon empathie pour les victimes ne pouvait qu’à aggraver mon désarroi : étais-je fait pour ce monde ? Vous m’avez donné la réponse à toutes ces questions, je peux désormais les conjuguer l’imparfait. Un problème est bien posé quand son énoncé pointe vers sa solution. Si ce que je viens d’écrire vous paraît abscons, ne retenez que ceci : mille fois merci !

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  2. Je vais plagier François Ruffin: merci de mettre des mots sur mon intuition. C’est une très belle plaidoirie. Je la partage car elle raisonne très fort en moi. Je pense que beaucoup de personnes ont cette intuition également. J’espère qu’elle sera lu et entendu.

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